Vendredi 26 Février 2010, 5pm. Un flot soutenu de berlines d’ambassadeurs dépose ses éminents passagers devant l’University Cultural Centre Hall de NUS, dans lequel nous – Anu & moi - pénétrons aussi en brandissant nos invitations laborieusement acquises. Relégués aux rangs du fond, nous contemplons le vaste auditorium de quelques 800 places se remplir méthodiquement, et l’(im)patience et l’excitation générale est bientôt récompensée:
Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies et lauréat du Prix Nobel de la Paix 2001, fait son entrée sous une standing ovation.
La venue de cette illustre personnage a NUS s’explique raisonnablement: Kofi Annan a recemment ete nomme premier Li Ka Shing Professor a la LKY Public Policy School de notre université, a la suite notamment d’une donation record de S$ 100 millions du plus riche et influent business-man d’Asie, LKS. J’avais – naivement – essayer de m’inscrire au module enseigne par Prof. Annan depuis Janvier, mais celui-ci s’est avere exclusivement réservé aux Alumni, aux Cabinet Ministers et a quelques élèves du Master of Public Administration tries sur le volet..
Introduit par Professor Kishore Mahbubani, le doyen de la LKY School of Public Policy, Kofi Annan mobilise d’emblée l’attention de son auditoire par un amusant lapsus, en se déclarant heureux d’être récemment établi au Sénégal… euh, a Singapour bien sur
Puis une anecdote sur ses dernieres vacances au Lac de Come, ou il a ete confondu pour Morgan Freeman et a gracieusement signe un autographe “K. Freeman” en s’estimant libre d’avoir préservé sa couverture apres tout! Enfin, il gratifie d’une mention spéciale son cher ami Lee Kuan Yew personnellement présent dans la salle; accessoirement fondateur de Singapour en 1965 et homme politique le plus influent d’Asie du Sud-Est!…
Mais venons-en au vif du sujet: son intervention vise a discuter des leçons asiatiques dont les pays africains pourraient s’inspirer dans leur développement, mais aussi des intérêts et responsabilités asiatiques dans un tel échange. L’introduction est logiquement articulée autour du cas de Singapour, qu’il reconnait comme “un brillant exemple de croissance économique et de succès politique en Asie, ainsi qu’un impressionnant témoignage de la vision, du courage et de la détermination qui abonde ici”.
S’en suit une première constatation plus qu’éloquente: alors qu’au moment de la décolonisation, le niveau de développement économique de la plupart des pays asiatiques et africains était similaire (ex: Corée du Sud et Soudan produisaient un revenu par habitant égal), 40 ans plus tard ces deux même pays siègent aux deux extrêmes de l’échelle économique mondiale. Une telle divergence se constate malheureusement chez un grand nombre d’autres pays des deux régions, mais il est bon de rappeler que quelques exceptions émergent cependant: le Botswana notamment est un remarquable exemple de démocratie stable animée d’une croissance economique etourdissante, alors qu’a Myanmar (ex-Birmanie) le peuple est encore prive d’absolument tout au détriment de ses dirigeants.
Une telle diversité de circonstances historiques, de contraintes géographiques et d’héritages politiques rend évidemment difficile l’analyse et la reproduction des “success stories” telles Taiwan ou la Corée. Ceci étant dit, Kofi Annan se propose d’exposer les plus précieuses lecons applicables aux pays africains. La première, non-économique, concerne “la cruciale importance d’un réel engagement politique au développement national, a la création et diffusion de la prospérité”. En effet, trop de gouvernements africains ne bénéficient qu’a leurs élites, a 100 lieues de la légitimité que la plupart des gouvernements asiatiques puisent dans des stratégies de croissance directement associées au développement collectif.
Ceci conduit M. Annan a dénoncer la corruption et les inégalités résultants d’une vérité essentielle régulièrement bafouée: le role de l’Etat doit etre de servir les interets de ses citoyens, et non ses dirigeants. Au coeur de la convalescence économique mondiale, même les plus sceptiques reconnaissent l’importance de l’Etat structurant, dédié a la création d’emplois, au développement de l’éducation, a l’amélioration des infrastructures et la modernisation de l’agriculture. Mais l’Afrique souffre indubitablement de faiblesse chronique de ses institutions et corps de gouvernance, de manque de transparence et surtout, de fragilité des lois et Droits de l’Homme. Ces piliers nécessaires a la démocratie sont seuls garants, selon Kofi Annan, de sociétés durablement saines et soucieuses des droits et intérêts de leurs minorités.
Un autre effort conséquent doit être soutenu en terme d’intégration régionale: “les économies d’échelle et les améliorations d’infrastructures dont l’Afrique a besoin pour concurrencer efficacement sur les marches mondiaux ne peuvent être atteintes que par une coopération politique et économique accrue”. Ce qui sous-entend aussi bien alléger les barrières a l’ entrepreneuriat et attirer les investissements étrangers qu’investir drastiquement dans l’éducation des filles et des garçons. L’Asie, des lors, rentre dans le paysage de part ses engagements commerciaux vitaux pour le développement de ces marches négligés. A travers des investissements opportuns et responsables, les puissances economico-politiques orientales ont un rôle clef a jouer dans le dépassement des obstacles qui ont freine l’essor africain pendant des décennies, ainsi qu’un intérêt a y partager en matière d’opportunités et de poursuite d’objectifs communs sur la scène internationale.
Apres 40 captivantes minutes, Kofi Annan resume pour l’Asie les 3 facons d’aider l’Afrique: “1. assurer une cooperation mutuellement benefique – 2. partager les experience et batir les capacites requises – 3. defendre les priorites africaines sur le plan mondial”, en s’appliquant avec ethique a convertir l’engagement asiatique croissant en de reels benefices pour les citoyens africains,en terme de croissance economique et de reduction de la pauvrete.
Et de conclure sur une note d’optimisme: il y a dix ans de cela, The Economist désignait l’Afrique comme le “continent sans espoir”; aujourd’hui, c’est résolument d’un continent plein d’espoir que l’on parle, et l’engagement asiatique n’a pas été étranger a cette remarquable transformation. Sur ces mots s’achevait l’intervention emprise d’ambition et d’espérance de celui que tous ses pairs se remémorent comme le Secrétaire Général le plus influent et efficace de l’histoire des Nations Unies…





Nicely done! Un bon resumé du discours